« On ne sensibilise pas les autres, on les aide à se sensibiliser. »
C’est ce que m’a balancé tout naturellement César RLM au milieu de notre conversation !
César a 13 ans.
Et forcément, quand un gamin de 13 ans te parle de climat et de décroissance, de consommation ou du droit de vote des enfants, on finit par se poser la question : est-ce que ce sont vraiment ses idées ?
Cette question, je me la suis posée également et c’est en partie pourquoi j’avais envie de prendre le temps de discuter avec lui.
PLUS Qu'un simple rappeur
J’ai découvert César RLM juste avant le lancement de Balance la Sauce – La Radio, début 2024.
Il faisait partie des artistes qui m’avaient contacté alors que je préparais encore la programmation de la radio. Son projet m’avait tout de suite intrigué : un enfant qui fait du rap pour parler du climat, forcément, ce n’est pas exactement le genre de proposition que je reçois tous les jours.
Mais son engagement ne date pas d’hier (malgré son jeune âge).
À 8 ans, pendant le COVID, César se prend sa claque climatique comme il dit, et avec l’aide de son papa, Pascal, il adapte en français IPCC Rap du rappeur américain Baba Brinkman. Le morceau devient GIEC Rap : la chanson sur le climat.
Il prend goût pour la musique, commence à faire ses propres chansons et participe à des scènes ouvertes.
En novembre 2022, à 9 ans, il participe à La France a un incroyable talent sur M6 avec son rap engagé sur le climat.
En janvier 2024, on le retrouve sur TF1 dans Dream Team : la relève des stars, au sein de l’équipe de Black M, avec qui il chante même un duo lors de l’émission.
Quelques mois plus tard, le 10 octobre 2024, César RLM interprète Éco-Héros dans Planète Rap sur Skyrock.
Pendant ce temps-là, ses morceaux tournent sur Balance la Sauce – La Radio et je continue de suivre avec intérêt son parcours à distance.
Et puis, fin 2024, on finit même par collaborer ensemble sur un titre légèrement différent de ses habitudes : Le Père Noël n’existe pas.
Depuis, j’ai continué à suivre ce qu’il faisait. Le rap, les manifestations, mais aussi progressivement le cinéma.
Et aujourd’hui, un livre.
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« J’ai 13 ans, le futur ? Même pas peur ! »
Son livre s’appelle J’ai 13 ans, le futur ? Même pas peur !, publié aux éditions La Mer Salée.
Il y raconte son engagement, revient sur ses chansons et, surtout, décrit le monde qu’il aimerait voir émerger. Un monde plus sobre, plus écologique et plus solidaire.
Un monde dans lequel on se déplace davantage à vélo, où l’on consomme moins mais mieux et où la nature reprend de la place. Mais surtout un monde moins matérialiste dans lequel on ne mesure pas la réussite de quelqu’un à la taille de son compte en banque.
Le livre est sorti le 5 juin 2026 aux Editions La mer Salée et, du coup, je me le suis procuré et je l’ai lu pour préparer notre entretien, et j’ai commencé à comprendre quelque chose qui s’est confirmé pendant notre échange.
César RLM ne parle pas seulement à l’écologie, il propose un véritable imaginaire alternatif.

Changer les imaginaires
Pour César RLM, l’art peut servir à changer ce que nous considérons comme désirable.
Pour illustrer son propos, il me donne un exemple très simple, celui des clips, des films et des pubs dans lesquels c’est l’argent, le pouvoir et les grosses bagnoles qui sont idéalisés. Du coup, inconsciemment, les gens associent ça collectivement au bonheur. Si à l’inverse les films mettaient en avant des héros avec une vie plus sobre, des personnages davantage connectés à la nature et aux animaux, alors un autre imaginaire devient possible.
Et César résume ça avec une phrase d’une simplicité assez désarmante : « Il faut montrer le bon exemple avec la joie. »
C’est aussi pour cette raison qu’il fait du rap : parce que le rap lui permet de parler à des gens qui ne liront probablement jamais plusieurs centaines de pages d’un rapport scientifique.
Aujourd’hui, il commence également à jouer au cinéma. Et quand je lui demande ce qu’il voudrait faire plus tard, il me parle déjà de réaliser des films sur le climat.
Entre la musique, son livre, et le cinéma tout medium est bon à prendre pour faire circuler des idées.
Mais est-ce vraiment César qui parle ?
Ce qui nous amène à mon questionnement initial : un enfant qui tient ce genre de discours à 8, 9 ou 10 ans c’est un poil déstabilisant. Tu te demandes s’il comprend réellement ce qu’il raconte ou s’il répète ce qu’il entend à la maison.
Et plus j’ai discuté avec César RLM et avec son père au fil du temps, moins cette hypothèse m’a semblé correspondre à ce que j’observais.
Je ne connais évidemment pas leur vie familiale dans son intégralité et je ne prétends pas distribuer des bons ou des mauvais points en matière d’éducation, mais il y a quelque chose dans leur fonctionnement qui me paraît particulièrement intéressant : César a été responsabilisé très tôt. Je pèse mes mots car il n’a pas été sorti de l’enfance, mais simplement responsabilisé. Il est aimé et protégé comme doit l’être un enfant, mais il n’est pas maintenu artificiellement à distance du monde sous prétexte qu’il serait trop jeune pour le comprendre. On lui explique et on échange avec lui. Et surtout, lorsqu’il pose une question, on essaie de lui apporter une vraie réponse.
César me l’a d’ailleurs dit lui-même pendant notre conversation : « Souvent, on dit que les enfants peuvent pas comprendre, mais les enfants aussi, ils peuvent comprendre. Faut juste bien leur expliquer avec leurs mots. »
César est un enfant très intelligent, et même s’il bénéficie encore d’un certain degré d’insouciance inhérent à son âge, je sens qu’il a une vraie conscience des enjeux climatiques et qu’il semble habité par la cause qu’il défend.
Parler à un enfant comme à une personne
Pendant cet entretien, je ne me suis pratiquement jamais demandé : « Comment poser cette question à un enfant de 13 ans ? »
Je lui ai parlé comme j’aurais parlé à un adulte : je lui ai demandé ce qu’il pensait de la richesse, du pouvoir des médias, de la consommation ou des réseaux sociaux et il m’a toujours répondu.
Parfois avec des exemples liés à son âge et à son expérience du monde, mais parfois aussi avec une clarté qui ferait du bien à quelques adultes.
Il revendique même une plus grande place politique pour les enfants et considère qu’un jeune devrait pouvoir voter lorsqu’il est en mesure de comprendre le fonctionnement du processus démocratique. Cette proposition ouvre évidemment un débat beaucoup plus large sur la place que notre société accorde à la parole des plus jeunes.
Mais ce qui m’intéresse presque davantage que ses propositions elles-mêmes, c’est la manière dont il raisonne. Y’a un paquet de gens qui devraient en prendre de la graine !
César ne semble pas attendre qu’on lui dise quoi penser, il cherche à comprendre.
Une enfance qui me rappelle la mienne
Il y a aussi quelque chose chez César RLM qui me renvoie personnellement à mon enfance.
Il n’a pas encore de téléphone portable, même s’il sait qu’il en aura un à un moment donné, mais il ne tient pas un discours consistant à dire que la technologie serait mauvaise. Au contraire, il voit très bien ce qu’elle apporte : elle permet de communiquer et de partager des informations, d’apprendre et de découvrir le monde.
Mais quand il regarde ses camarades dans le bus, absorbés par leurs écrans alors qu’ils sont parfois assis les uns à côté des autres, il se pose une question : « Les téléphones absorbent vraiment toute notre énergie, alors qu’en fait on a des personnes avec qui parler à côté. »
Et forcément, moi qui ai grandi avant les smartphones et les réseaux sociaux, ça me parle. Mais pas parce que « c’était mieux avant », je serais bien mal placé pour dire ça ! Internet et les réseaux sociaux ont profondément changé mon travail, ma façon de découvrir des artistes, de produire du contenu et même de faire fonctionner une radio.
Mais j’ai connu les deux mondes et j’ai construit une partie de mon rapport aux autres avant que chaque instant puisse être interrompu par une notification.
Je sais ce que la connexion nous a apporté parce que j’ai connu son absence et parfois, je me demande ce qu’il se passe lorsque cette connexion permanente n’est plus un outil que l’on découvre, mais le monde dans lequel on apprend directement à grandir.
Chez César, je retrouve quelque chose que je pensais peut-être appartenir davantage à mon enfance qu’à la sienne : beaucoup de temps accordé aux échanges, aux projets, et au réel. Je pense que c’est la clé pour développer son imagination.
Ce que les adultes perdent en route
Mais chez César, il y a autre chose que je perçois et qui me plaît beaucoup. Je pourrais appeler ça de la naïveté ou de la candeur mais je n’aime pas vraiment ces mots parce qu’ils donnent presque l’impression qu’il ne comprendrait pas la complexité du monde. Mais, c’est pas ce que je veux dire, j’appellerais plutôt ça un rapport intact au possible.
Dans son livre, il imagine le monde en 2050, et lorsqu’il le décrit, il n’a pas immédiatement cette petite voix intérieure d’adulte qui intervient pour expliquer pourquoi tout cela sera compliqué : il regarde un problème et cherche une solution.
Il faut moins utiliser la voiture, du coup on développe le vélo et les transports collectifs. Facile.
Adapter notre alimentation ? Et bien, on a qu’à consommer différemment. Tranquille.
Les gens ne sont pas sensibilisés ? On les aide à se sensibiliser. Banco.
Et forcément, mon cerveau de quarantenaire arrive derrière avec ses années d’expérience.
Oui, mais…
Les intérêts économiques dans tout ça ? Et les lobbies ? Et les habitudes ? Oui, mais les gens ne voudront jamais !
Et c’est précisément là que l’échange devient intéressant parce qu’avant mon « mais », il y avait quand même un oui. En gros, quand on veut on peut, et si on va tous peu à peu dans le même sens, c’est là que les choses commenceront à vraiment bouger.
Et si ce n’était pas si naïf ?
Évidemment que le monde est complexe et évidemment que modifier profondément notre modèle économique, notre façon de consommet, nos infrastructures ou nos habitudes collectives ne se résume pas à prendre son vélo demain matin.
César RLM lui-même ne prétend d’ailleurs pas être irréprochable : il mange encore de la viande et sa famille utilise parfois une voiture. Il vit, comme nous tous, à l’intérieur d’un système avec lequel il est parfois en contradiction.
Et cela ne semble pas lui poser de problème particulier parce que pour lui, être engagé ne signifie pas atteindre immédiatement une forme de pureté écologique.
Il faut commencer quelque part : « Faire des petites actions petit à petit, c’est super et c’est déjà une réussite. »
Ce n’est pas le concours de celui qui pollue le moins, il n’y a pas besoin d’être parfait pour commencer.
« On ne sensibilise pas les autres »
C’est finalement au moment où nous parlions de sa fameuse « claque climatique » que César a résumé presque toute sa philosophie en une phrase : « On ne sensibilise pas les autres, on les aide à se sensibiliser. »
Je trouve la formulation extrêmement juste parce qu’elle replace la responsabilité là où elle doit aussi se trouver : chez l’individu. C’est vrai qu’on peut transmettre une information, faire une chanson ou écrire un livre mais on ne peut pas comprendre à la place de quelqu’un. On peut simplement lui donner envie d’aller voir par lui-même, et c’est exactement ce que César RLM essaie de faire avec son art.
Garder quelque chose de l’enfant
J’ai 40 ans et je crois avoir toujours une grande part d’enfant en moi.
Simplement, c’est un enfant qui a un bagage de données accumulées, qui a vu des promesses qui n’ont pas été tenues, des gens raconter des conneries, des projets disparaître, des choses qu’on annonçait simples devenir infiniment compliquées.
Alors forcément, avec les années, quelque chose s’érode, une sorte de fatalisme inconscient inconscient. Comme si c’était de plus en plus dur de rester optimiste.
C’est ce que j’aime dans le regard de César RLM : il n’ignore pas les problèmes, il ne dit pas que tout va bien, au contraire : son engagement est né précisément du moment où il a compris que tout n’allait pas bien.
Mais il semble avoir conservé une chose que beaucoup d’entre nous perdent progressivement, il s’agit de la conviction que puisque notre monde est une construction humaine, l’humain peut aussi le construire autrement.
Après avoir passé plus d’une heure à discuter avec lui, je ne suis pas certain que la personne qui avait le plus de choses à apprendre était celle qui avait 13 ans.

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