Dans un paysage musical de plus en plus saturé, où les productions semblent parfois conçues pour épouser les tendances éphémères et les mécaniques des réseaux sociaux, il devient difficile de découvrir des artistes capables de construire un univers véritablement singulier.
Tout sonne bien. Tout est propre. Tout est calibré. Mais tout ne porte pas nécessairement une âme.
X2 OVNI appartient à une autre catégorie.
Son univers visuel est mystérieux, introspectif et parfois franchement chaotique. La noirceur y côtoie la résilience, tandis que ses productions naviguent librement entre punk destroy, trap, hip-hop, electro, funk, phonk, pop, rock et glamour.
Son projet artistique repose sur l’image d’un labyrinthe. Un espace mental et imaginaire dans lequel elle avance, se perd, surmonte des blessures et tente de trouver son chemin. Chaque morceau et chaque clip viennent ajouter une pièce supplémentaire à ce récit global : le témoignage d’une vie, de ses colères, de ses regrets, de ses mondes intérieurs et de sa recherche de lumière.
Dans cette œuvre en perpétuelle construction, on croise aussi bien Alice au pays des merveilles et Peter Pan que Prince, Björk, Michael Jackson, PNL, Marilyn Manson ou System of a Down. Des artistes et des personnages très différents, mais qui partagent souvent une même tension entre lumière et ténèbres, extravagance et vulnérabilité.
Productrice et réalisatrice indépendante, X2 OVNI crée elle-même ses morceaux, ses images et ses clips, avec les moyens à sa disposition, beaucoup d’instinct et une volonté presque obsessionnelle de donner une forme concrète à ce qu’elle ressent.
À l’occasion de la sortie de son nouveau titre Stray et du clip qui l’accompagne, je suis allé à la rencontre d’une artiste qui refuse d’attendre qu’on lui donne la permission de créer.
« LA MUSIQUE, J’AI JUSTE COMMENCÉ PAR HASARD »
Comment est-ce que la musique est entrée dans ta vie ?
En vrai, la musique, j’ai juste commencé par hasard. C’était juste pour déconner. À ce moment-là, tout le monde se mettait à rapper.
Moi, j’écoutais beaucoup de musique, donc j’ai voulu faire pareil. J’ai posé un texte et il s’avère que c’était assez cool. Je sais pas, ça m’a lancée un peu.
Mais c’était pas sérieux au début. C’était juste pour rigoler un coup.
À quel moment est-ce que cette envie de rigoler est devenue un véritable projet artistique ?
Je sais pas s’il y a vraiment eu un moment précis. En fait, tu fais un truc, puis un deuxième, puis un autre. Tu commences à vouloir aller plus loin. Tu veux mieux faire le son, mieux faire l’image, raconter autre chose.
Et puis à force, ça devient un projet. Même si le projet continue à se construire au fur et à mesure.
« YOU ARE THE OVNI »
Comment décrirais-tu le projet X2 OVNI, son esthétique et son message ?
J’ai une bonne phrase pour ça : You are the OVNI. C’est toi, l’OVNI.
Je pense qu’on est tous un peu des OVNIS. Il y a une profondeur dans des choses qu’on considère souvent comme banales.
Pour moi, le projet, c’est un témoignage de cette vie. C’est vraiment ça : un témoignage.
Le projet ressemble aussi à un univers dans lequel les morceaux et les clips communiquent entre eux ?
Oui. Tout fait un peu partie du même truc, même si je le construis pas forcément avec un plan précis depuis le début.
C’est un labyrinthe. Tu passes par différents mondes, différentes émotions, différents personnages. Tu te perds, tu reviens, tu comprends des choses après. C’est aussi une manière de transformer ce que je vis.

« LE PROJET EN SCOTCH DE L’ANNÉE »
L’univers de X2 OVNI est très visuel. Comment décrirais-tu ta manière de fabriquer tes clips ?
J’appelle ça le projet en scotch de l’année.
En vrai, je fais tout moi-même et ça vient souvent d’idées que j’ai sur le moment. Il y a un truc que j’ai envie de transmettre, une esthétique que j’imagine, et après j’essaie de mettre ça en vidéo avec mon petit écran vert et mon petit matos.
Du coup, chaque clip devient un petit film. Un film peut-être des années 90.
J’aime bien qu’on sente la fabrication aussi. J’essaie de faire quelque chose de grand avec ce que j’ai, même si derrière, parfois, tout tient avec du scotch.
La vidéo est donc aussi importante que la musique ?
Ça dépend à qui tu le demandes. J’adore le cinéma, raconter des histoires et j’ai envie de partager cette folie.
Quand tu crées, est-ce que la musique vient d’abord ou est-ce qu’une idée visuelle peut déclencher un morceau ?
En vrai, souvent, je crée le son et après je crée le truc visuel.
Mais ça m’arrive de créer le son et de penser en même temps : « Oh putain, il faut faire ça pour le clip. » Et du coup, cette idée m’inspire pour terminer le son.
Très rarement, j’ai déjà une idée précise d’où je veux aller visuellement et je crée un son qui va avec.
Mais il n’y a pas un template. Il n’y a pas de règle. Ça dépend.
Des fois le son donne l’image, des fois l’image transforme le son, et des fois tout arrive en même temps.
« TU LES METS TOUS DANS UNE PIÈCE, T’AS L’IMPRESSION D’ÊTRE DANS UN CIRQUE »
Quels sont les artistes et les œuvres qui nourrissent l’univers de X2 OVNI ?
En vrai, les artistes qui m’inspirent sont très variés. Tu les mets tous dans une pièce, t’as vraiment l’impression d’être dans un cirque. Une compétition de déguisements, peut-être, je sais pas.
Ça va de Prince à Michael Jackson, PNL, Daft Punk, Tyler, The Creator, Björk, Erykah Badu, Gorillaz, OutKast, Young Thug, Travis Scott, Guns N’ Roses, T-Pain, System of a Down, Marilyn Manson, Linkin Park, Ye, Metallica, Laylow…
Et peut-être même Édith Piaf.
La liste, en vrai, elle est très longue.
Ce sont des univers très éloignés les uns des autres. Qu’est-ce qui t’attire chez ces artistes ?
Ils ont chacun quelque chose de très fort. Une identité, une manière d’exister, une voix ou une vision.
Je pense que j’aime les artistes qui créent vraiment un monde. Tu reconnais leur énergie. Même quand ils changent de style, tu sais que c’est eux.
Je peux aimer un détail dans une production, une façon de chanter, un personnage, une esthétique ou juste une émotion.
Je prends pas forcément une influence entière. Je prends des petits bouts partout et après ça se mélange avec ce que je suis.
« LIBRE COMME UN POUSSIN SANS GUIDE »
Qu’est-ce que tu aimes dans le fait d’être une artiste indépendante et autoproduite ?
En vrai, franchement, il n’y a rien à glorifier vraiment.
Mais je peux faire ce que je veux, quand je veux. Je suis libre comme un poussin sans guide.
Ça peut être un avantage aussi : le poussin, il va se casser la gueule et il va apprendre à marcher droit, au lieu de ne jamais avoir besoin d’apprendre à marcher droit.
Je sais pas si c’est clair ce que je raconte, mais l’indépendance, c’est ça.
Tu peux faire ce que tu veux, mais tu dois aussi apprendre à tout faire. Et quand tu te rates, personne ne va venir corriger le truc à ta place.
Cette liberté implique donc beaucoup d’apprentissage.
Oui, forcément. Tu dois apprendre à produire, à filmer, à monter, à comprendre comment fonctionne le matériel, comment sortir un morceau, comment communiquer.
Tu apprends souvent parce que tu n’as pas le choix.
Tu fais, tu te rates, tu recommences. Et au bout d’un moment, tu progresses.
« LE PLUS GROS CHALLENGE, C’EST DE CONVAINCRE LE PEUPLE DE T’ÉCOUTER »
Quel est le plus grand défi pour un artiste indépendant aujourd’hui ?
Le plus gros challenge, c’est de convaincre le peuple de t’écouter.
Tu sors tes sons, mais personne ne te connaît. Au final, c’est presque un peu sectaire : tu dois convaincre des gens de rentrer dans ton monde alors que tu viens de rien.
Il y a énormément de musique qui sort tout le temps. Donc même si tu fais un bon morceau, ça veut pas dire que les gens vont tomber dessus.
Le plus compliqué, c’est pas seulement de créer. C’est de réussir à faire comprendre aux gens pourquoi ils devraient prendre quelques minutes pour entrer dans ton univers.
Est-ce que cette difficulté peut finir par décourager ?
Oui, bien sûr.
Tu peux avoir l’impression de travailler énormément pour presque rien. Tu mets de l’argent, du temps, de l’énergie, tu fais tout toi-même, et derrière, parfois, il ne se passe pas grand-chose.
Mais il faut continuer. Parce que sinon, tu le regrettera d’avoir laisser le doute vaincre ton destin.
« ARRÊTE D’ATTENDRE QUE QUELQU’UN VIENNE TE SAUVER »
Quel conseil donnerais-tu à une personne qui veut se lancer aujourd’hui ?
Do it yourself.
En vrai, arrête d’attendre que quelqu’un vienne te sauver. Commence à faire les choses. Apprends. Apprends tous les jours à faire les choses par toi-même, le plus possible.
Va travailler, va économiser, investis dans du matos et lance-toi.
T’as pas confiance en toi ? Arrête. Tais-toi et fais. Fais, fais, fais, fais.
Arrête de râler. Voilà.
Do it yourself.
Et fais attention aux gens avec qui tu t’entoures aussi. Un mauvais entourage, c’est comme du poison.
Ça veut dire qu’il faut se lancer avant de se sentir prêt ?
Mais tu seras jamais vraiment prêt. Tu peux toujours attendre d’avoir un meilleur micro, une meilleure caméra, plus de confiance, plus d’argent ou plus de connaissances.
À un moment, il faut juste commencer.
Après, tu vas regarder tes anciens trucs et te dire que c’était nul. Mais c’est normal. Ça veut dire que tu as appris.
« CONTRAIREMENT À ÉDITH PIAF, J’AI PAS MAL DE REGRETS »
Où est-ce que tu aimerais être dans cinq ans ?
J’aimerais être plus sûre de moi.
Avoir moins de colère, moins de tristesse, moins de déception.
En vrai, je voudrais ne plus regretter. Parce que contrairement à Édith Piaf, j’ai pas mal de regrets.
Mais je préfère en parler dans ma musique.
Est-ce que la musique te permet justement de transformer ces regrets ?
Oui, c’est une manière d’en faire quelque chose.
Au lieu de garder tout à l’intérieur, tu peux créer un morceau, une image, un personnage, un monde. Ça change pas ce qui s’est passé, mais au moins, ça devient autre chose.
C’est aussi pour ça que je parle de témoignage. Les morceaux témoignent de moments de ma vie, de ce que j’étais, de ce que je pensais et de ce que j’essayais de comprendre.
Peut-être que dans cinq ans, je regarderai tout ça différemment. Mais au moins, il y aura une trace.
X2 OVNI : Un univers qui ne demande qu’à être exploré
Il serait tentant de chercher à résumer X2 OVNI à une esthétique, à un genre musical ou à quelques références soigneusement alignées.
Mais son projet résiste précisément à cette logique.
Il faut accepter d’entrer dans le labyrinthe, de ne pas tout comprendre immédiatement, de croiser des influences qui ne devraient théoriquement pas cohabiter et de suivre une artiste qui construit son monde comme elle peut : avec de l’instinct, de la colère, de l’humour, un écran vert, du scotch et une détermination certaine.
Dans cet univers, la fragilité n’est jamais très loin de l’extravagance, et la lumière ne peut exister sans une part de ténèbres.
Le nouveau titre de X2 OVNI, Stray, accompagné de son clip, vient aujourd’hui ajouter une nouvelle pièce à cette œuvre en mouvement.
Une invitation supplémentaire à se perdre dans le labyrinthe.
Et, peut-être, à découvrir que nous sommes tous un peu des OVNIS.


